Après deux objectifs ultra grand-angle 15mm f/2.4 et 11mm f/4, Irix a présenté à la Photokina 2018 l’Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1, un objectif macro 150 mm f/2.8 doté d’une belle construction, d’une mise au point manuelle et d’un rapport de reproduction 1:1. Passé entre les mains de la rédaction, nous vous délivrons notre verdict sur cet objectif macro commercialisé au prix de 595 €.

Présentation de l’objectif Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1

Irix est une marque d’objectif lancée par TH Swiss dont le design est pensé en Europe (Suisse et Pologne) et la construction et l’assemblage sont réalisés en Corée. Si d’aucuns pensaient que Samyang était derrière la construction de ces optiques, la réponse est non, les deux sociétés sont bien séparées. Du coup, en dépit d’une mise au point manuelle, Irix se positionne comme une marque premium et vante la précision et le design suisse. Sur ce dernier point d’ailleurs, Irix s’est distingué dernièrement en remportant un iF Design Award en début d’année 2019 avec cet objectif macro.

Design suisse et construction en Corée, c’est écrit dessus.

Nous reviendrons un peu plus loin sur la prise en main et le design de l’objectif, mais avec une construction optique qui repose sur 12 lentilles réparties en 9 groupes dont 4 lentilles HR et 3 lentilles ED à faible dispersion, l’Irix 150 mm f/2.8 Macro affiche de sérieux arguments optiques. Le diaphragme circulaire s’arme de 11 lamelles et la construction entièrement tropicalisée s’abrite derrière cinq joints d’étanchéité. L’ensemble est compact avec un poids de 840g pour un encombrement de 135 x 87 mm.

Voici les caractéristiques techniques de l’objectif Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1

  • type d’objectif : focale fixe
  • format couvert : plein format
  • focale : 150 mm
  • équivalent APS-C : 240 mm (1,6X)
  • angle de champ : 16,2° (diagonal)
  • construction : 12 éléments répartis en 9 groupes dont 4 lentilles HR et 3 lentilles ED
  • ouverture maximale : f/2,8
  • ouverture minimale :  f/32
  • diaphragme: 11 lamelles circulaires
  • réglages de l’ouverture : via le boîtier
  • autofocus : non, mise au point manuelle, avec verrouillage de la MAP
  • distance minimale de mise au point : 34,5 cm
  • diamètre du filtre de la lentille frontale : 77 mm
  • rapport de reproduction maximal : 1:1
  • tropicalisation: oui, 5 joints d’étanchéité
  • dimensions: 87 x 135 mm (D x H) sans pare-soleil
  • pare-soleil: oui, amovible
  • stabilisation: non
  • poids : 840 grammes
  • monture compatible: Nikon F, Canon EF et Pentax K

Prise en main de l’objectif Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1

Irix apporte un soin particulier dés l’emballage, celui-ci est soigné et la première impression est bonne. Même constat à l’ouverture de la boîte, l’objectif est rangé dans une housse de protection coquée et on trouve l’objectif, deux capuchons d’objectifs, un collier de pied compatible Arca Swiss qui permet de fixer l’objectif sur un trépied ou un monopode et un pare-soleil.

La finition de l’objectif est superbe, et effectivement le dessin de l’ensemble est particulièrement agréable. Il est ici proposé en finition Dragonfly en aluminium (et un mélange d’aluminium / alliage de magnésium pour la structure interne) ce qui lui offre résistance et relative légèreté. Outre une sérigraphie de qualité qui indique la distance de mise au point et le rapport de reproduction en fonction de la distance à laquelle on est du sujet, on note que la bague de mise au point en caoutchouc arbore une encoche bleue qui facilite la préhension et la mise au point. A noter que le marquage sur le fût réagit à la lumière noire, pratique pour les photographes nocturnes, mais est-ce adapté à une optique macro ?

150 mm f/4, 1/640s, 400 ISO

Une seconde bague plus éloignée du boîtier permet de durcir jusqu’à bloquer la bague de mise au point manuelle pour éviter tout décalage. Une fois que votre réglage est bon, vous n’avez qu’à verrouiller votre objectif. Cette signature était déjà présente sur les objectifs grand-angles Irix que nous avons testés.

La construction en aluminium inspire confiance, le long pare-soleil est censé protéger la lentille frontale des lumières parasites et l’ensemble respire la qualité. Une fois monté sur notre boîtier de test (un Canon 5D MK II), on constate aussi l’étonnante compacité de l’ensemble puisque ce 150 mm est à peine plus long qu’un objectif Tamron SP 90 mm f/2,8 Di Macro VC USD qui mesure 117 mm contre 135 mm pour l’Irix.

Les contacts électriques au niveau de la baïonnette permettent de déporter la gestion de l’ouverture sur le boîtier et c’est avec les molettes de ce dernier que l’on contrôle l’ouverture du diaphragme. Notez en revanche que notre boîtier n’indique pas l’ouverture photométrique, mais seulement l’ouverture géométrique quelque soit la distance de mise au point et donc le rapport de grandissement. En effet, du fait de la très faible distance de mise au point propre à l’objectif macro, la quantité de lumière qui pénètre la lentille est en réalité moindre en mise au point rapprochée que lorsque le sujet est éloigné.

Malgré tout, l’optique transmet au boîtier les données EXIF, avec notamment la confirmation du point dans le viseur.

Avouons d’emblée que travailler exclusivement en mode manuel et à main levée avec une telle longueur focale et qui plus est à des distances de mise au point souvent réduites est très difficile. La profondeur de champ étant très faible, la moindre erreur entraîne un flou et nuit à la netteté de l’image. Pour rappel, avec un sujet situé à 50 cm et un diaphragme fermé à f/5,6, la profondeur de champ totale n’est que de 0,3 cm…

À l’usage, la bague de mise au point s’est révélée assez dure et quand il s’agissait de faire le point avec précision en étant sur un sujet très proche, notre propre tremblement faisait parfois sortir le sujet du cadre et il fallait de nouveau tout recommencer. Aussi, en l’absence de stabilisation et à main levée, il a fallu beaucoup travailler en apnée et réaliser la mise au point avec beaucoup de patience pour avoir un sujet net. Pour augmenter la profondeur de champ et les chances de netteté, il est aussi possible de fermer le diaphragme pour augmenter la profondeur de champ, mais attention au temps de pose avec une telle longueur de focale.

Qualité d’image de l’Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1

150 mm, f/4, 1/400s, 400 ISO

Seul moyen pour accroître la profondeur de champ, fermer le diaph. Ici f/11 ( 150 mm f/11 1/500s, 200 ISO )

Avec des caractéristiques alléchantes sur le papier, il nous tardait de savoir ce que donnait l’Irix 150 mm f/2.8 Macro sur le terrain. Pour ce faire nous avons réalisé plusieurs types de prise de vue, en extérieur et en intérieur, tant en macro qu’en utilisation plus classique. Comme écrit ci-dessus, l’Irix n’est pas un objectif qui se laisse apprivoiser facilement. La bague de mise au point est assez dure et le fait de devoir exercer une certaine pression sur celle-ci pour la tourner décale parfois le cadrage.

Il faudra fermer à f/8 pour tirer le meilleur de cet objectif : 150 mm, f/8, 1/250s, 200 ISO

A f/2.8 le bokeh est d’une douceur remarquable, mais la netteté est un peu molle : 150 mm f/2.8 , 1/2000s, 200 ISO

À pleine ouverture les images révélées sont assez molles. Le bokeh est particulièrement onctueux, mais le sujet ne présente pas un piqué très élevé. Si vous travaillez en RAW, il ne faudra pas hésiter à donner un petit coup de netteté en post production pour avoir un rendu un peu plus marqué.

Ce piqué faible se retrouve jusqu’à f/4 et c’est seulement à partir de f/5.6 que l’on commence a avoir une sensation de piqué plus élevé. Là, les images deviennent plus croustillantes, les détails sont rendus avec précision. Le piqué va en grandissant jusqu’à f/11 puis à partir de cette valeur la diffraction commence à faire son œuvre et l’image perd de nouveau en croustillant.

C’est à partir de f/5.6 que l’Irix révèle tout son croustillant : 150 mm f/5.6, 1/4000s, 200 ISO

A force de chercher des fleurs on finit par trouver des biches. Dans ces conditions l’autofocus aurait été d’une grande aide. ( 150 mm f/5.6, 1/500s, 200 ISO )

A f/8 la sensation de piqué est bien présente : 150 mm f/8, 1/320s, 800 ISO

En revanche, on note que l’ensemble de l’image présente une belle homogénéité et surtout que le vignettage est peu présent. Idem avec les aberrations chromatiques qui sont bien maîtrisées. Par contre l’objectif s’est montré très sensible au flare.

En photo de rue l’Irix s’est montré très sensible aux lumières parasites. Avec une stabilisation intégrée, nous aurions pu éviter de trop monter en sensibilité ( 150 mm f/2.8, 1/100s, 6400 ISO )

Sur ce genre de photos aussi l’autofocus aurait été d’une grande aide ( 150 mm f/2.8, 1/125s, 6400 ISO )

Quelles alternatives à l’Irix 150mm f/2.8 Macro 1:1 ?

De nombreuses marques proposent des objectifs macro. En focale manuelle, on trouve le Samyang 100 mm f/2.8 ED UMC Macro. Avec son positionnement à moins de 500 €, il représente une belle alternative d’autant que son rapport de reproduction est aussi de 1:1 et que sa mise au point de 30 cm permettra de réaliser des plans très rapprochés. En plus, sa finition tout en métal aura aussi de quoi rassurer sur la qualité de construction. Disponible en monture reflex Canon, Nikon et Pentax, il est également disponible en monture Fuji X et Sony E, ce qui le rend exploitable avec le Focus Peaking, un avantage que n’a pas l’Irix.

En monture Nikon et cette fois stabilisé, on trouve le Nikon 105 mm f/2.8 AF-S  IF ED VR. Doté d’un autofocus efficace et positionné autour de 850 € sur le web, cet objectif est une légende de la macrophotographie qui répondra aux plus hautes exigences tant en termes de qualité de construction que de qualité d’image.

De la même façon, à 950 € on trouve le non moins fameux Canon EF 100 mm f/2.8 L Macro IS USM. Là aussi, qualité d’image, de construction, autofocus et stabilisation sont de mise.

Chez Sigma, on trouve également le 150 mm f/2.8 EX DG OS HSM. Positionné à 929 € cet objectif bénéficie par rapport à l’Irix de l’autofocus et de la stabilisation. Par contre le diaphragme n’est qu’à 9 lamelles et il est aussi plus lourd. Si le prix est plus élevé, à l’usage le Sigma saura sans doute se montrer plus docile que l’Irix.

Enfin, si la focale de 150 mm n’est toujours pas un critère déterminant pour vous le Tamron 90 mm f/2.8 Di VC USD se montre sûrement comme la meilleure alternative, car pour un prix tournant autour de 599 € il bénéficie aussi d’un autofocus avec rattrapage du point manuel, d’une stabilisation performante et d’une excellente qualité d’image.

Test de l’objectif Tamron SP 90mm f/2.8 Di MACRO 1:1 VC USD

À qui s’adresse l’Irix 150 mm f/2.8 Macro 1:1 ?

Avec un tarif à 599 € on pourrait croire que l’Irix 150 mm f/2.8 Macro 1:1 se positionne comme un objectif accessible au plus grand nombre, et c’est vrai d’une certaine façon. Les 150 mm macro ne sont pas légions sur le marché et une telle longueur de focale permet de ne pas trop avoir à s’approcher du sujet si on veut photographier des insectes craintifs. Aussi, le 150 mm permet d’enfermer plus aisément le sujet dans le cadre, d’épurer les compositions, d’avoir une profondeur de champ plus courte à distance de mise au point égale et fait office de petit téléobjectif sur de l’animalier.

La finition premium de l’Irix donne clairement envie et pourra faire saliver les amateurs. Mais à l’usage, cet objectif s’est révélé moins pratique que ce que nous pensions. L’absence d’AF, qui n’est certes pas primordiale en macro, manque sur cet objectif. Le champ de vision d’une telle focale étant restreint, on perd ici un temps précieux à faire la mise au point. La course de la bague reste longue et pour peu que vous photographiiez une fleur au vent sans quoique se soit pour la maintenir dans votre champ de vision, elle sortira du cadre. Pour les mêmes raisons, l’absence de stabilisation fait défaut à cet objectif et il n’est pas aisé de contenir les tremblements si vous ne travaillez pas sur trépied. Enfin, la qualité d’image ne nous a pas époustouflés et nous restons un peu sur notre faim.

Du coup, pour nous, l’Irix 150 mm f/2.8 Macro 1:1 a un positionnement un peu paradoxal et son usage restera très spécifique. En effet, son prix relativement accessible pourrait le destiner au plus grand nombre ou en tout cas à tous ceux qui veulent s’initier à la macro, mais en réalité son usage est assez restreint et il faut assurément une certaine expérience pour maîtriser et tirer parti du meilleur de cet objectif.

Conclusion

Au final, que penser de cet Irix 150 mm f/2.8 Macro 1:1 ? De prime abord nous étions très enthousiastes à l’idée de tester cet objectif. Sa présentation et ses caractéristiques alléchantes, pour un prix accessible, en font un outsider de poids. Mais à l’usage notre enthousiasme s’est vu tempéré par une mise au point finalement assez laborieuse à réaliser et une qualité d’image un peu en deçà de nos attentes.

Si évidemment il est commun de travailler en mise au point manuelle en macrophotographie, la bague de l’Irix a fait preuve de peu de souplesse et la seconde bague permettant de bloquer la mise au point n’a finalement montré que peu d’intérêt. Pour la qualité d’image, nous nous attendions à un piqué plus élevé autour de valeurs intermédiaires comme f/4 et f/5,6 et il ne faut pas hésiter à redonner un peu de peps aux images en postproduction.

150 mm f/4, 1/100s, 800 ISO

Par rapport à la concurrence, l’Irix est très bien positionné au niveau du prix, mais son accessibilité tarifaire ne devra pas faire oublier quelques manquements qui nuisent à sa facilité d’utilisation et sa polyvalence. Nous déplorons une absence de stabilisation qui aurait été très utile sur une si longue focale. En mise au point rapprochée, le moindre tremblement fausse complètement la netteté et il aurait été judicieux de pouvoir temporiser les tremblements.

Aussi, même si l’autofocus n’est pas primordial sur un objectif macro, en tentant quelques incartades dans le monde hors macro, il nous a manqué. Les 150 mm ne sont pas légion en macrophotographie et cette longueur de focale peut être un atout pour ne pas avoir à trop s’approcher d’un sujet et pour obtenir un bokeh marqué, mais le champ d’action de cet Irix reste trop étroit selon nous, d’autant que, disponible uniquement en monture Nikon F, Canon EF et Pentax K, il n’est pas possible de bénéficier de l’aide précieuse du focus peaking que l’on retrouve sur les hybrides.

Finalement, si vous avez un budget serré et que le 150 mm est la focale que vous désirez, alors pourquoi pas, mais si vous débutez nous vous conseillons davantage de vous tourner vers un Tamron 90 mm f/2.8 plus facile à utiliser et plus polyvalent.

150 mm f/8, 1/80s, 100 ISO





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