Test : Apple iPad Pro 12,9″, un monstre d’ergonomie et de puissance, mais toujours pas un PC

Signe des temps, alors que le MacBook Air 2018, héritier d’une noble lignée, nous a déçu par son manque d’envergure et d’envie de repartir en conquête, l’iPad Pro, en exacte symétrie opposée, attire les superlatifs à ne plus savoir qu’en faire.

Test iPad Pro 2018 : plus qu’une tablette, presque un PC !
01net : Test du nouvel iPad Pro 2018 par Pierre Fontaine (VIDÉO)

Bel et bien un monstre

Cette tendance à la démesure commence dès la fiche technique. C’est ainsi la première fois que la tablette d’Apple offre une capacité de stockage allant jusqu’au teraoctet… De quoi stocker musique, documents, vidéos et photos si vous décidez d’en faire votre machine principale. Évidemment, comme toujours chez Apple, cette petite folie a un prix : 1949 euros pour le modèle Wi-Fi, 2119 euros pour le modèle 4G.
Mais le stockage n’est pas le seul à atteindre les sommets. Apple a installé une puce Apple A12X Bionic aux commandes de sa nouvelle bête, une évolution du SoC embarqué dans les derniers iPhone. Que se cache-t-il derrière ce X ? Comme toujours derrière une croix, un trésor.

L’Apple A12X embarque en effet deux cœurs haute performance supplémentaires et trois cœurs en plus pour la partie graphique en comparaison de la puce découverte dans les iPhone XS, XS Max et XR. Pour l’anecdote, c’est la première fois qu’un GPU mobile conçu par Apple est intégré dans un iPad.
Au-delà de l’amélioration du SoC, Apple a également choisi d’intégrer 6 Go de RAM dans l’iPad Pro 12,9 pouces que nous avons testé, contre 4 Go pour les iPhone XS et 3 Go pour le XR. L’iPad Pro 2017est balayé d’un revers de main négligeant, la concurrence des tablettes également.
Mais cette configuration assure-t-elle à l’iPad Pro de quoi être plus puissant que 92% des PC vendus ces derniers mois ? Oui, au moins si on se fie à des outils de tests comme Geekbench.

Ainsi, si on se prend au jeu et qu’on le met face aux dernières générations de MacBook, MacBook Air et MacBook Pro, on constate que l’iPad Pro 12,9 pouces que nous avons testé ne fait qu’une bouchée des différents ultra portables d’Apple équipés de processeurs Intel.
Le MacBook Pro 13 pouces joue quasiment à armes égales, mais c’est le MacBook Pro 15 pouces qui met fin à la supériorité en chiffres de l’iPad Pro que nous avons testé, avec son Core i9 à six coeurs.

Toutefois, et c’est intéressant de le souligner, quand on s’intéresse seulement à la partie graphique, avec les mêmes machines (à l’exception du MacBook), on constate que les ingénieurs d’Apple ont réalisé un travail remarquable pour leur première puce graphique pour iPad. Avec l’outil GFXBench Metal, aucun de ses opposants « PC » n’arrivent à faire aussi bien que lui. Même le MacBook Pro 15 pouces n’y arrive pas alors qu’il est le seul à être équipé d’une puce dédiée. Certes, ce n’est qu’une Radeon PRO 560X (avec 4 Go de mémoire vidéo), mais tout de même.
Attention, il est important de garder en tête que ces comparaisons sont toujours à prendre avec les précautions d’usage. Les puces ARM (RISC) et x86 (CISC) ont des particularités et capacités différentes, qui rend partiellement caduque une simple lecture de ces tests. Néanmoins, cela donne une indication intéressante.

La puissance du hard, les limites du soft

Prudence à laquelle il faut ajouter un autre point : la puissance n’est pas tout, elle doit être mise au service d’usages. D’autant que depuis que l’iPad Pro existe, les performances n’ont jamais été le problème.
Les jeux les plus récents et les plus ambitieux sont splendides, fluides et particulièrement immersifs, qu’on y joue au casque (sans fil de préférence puisque la prise mini-jack a disparu) ou en profitant du son encore amélioré. Les haut-parleurs séparent désormais mieux les medium, aigus et basses, ce qui contribue à produire des pistes sonores plus lisibles, mieux spatialisées.

Les applications pro tournent, elles aussi, sans le moindre hoquet ou instant d’hésitation. Le montage vidéo en HD et même en 4K, même si ce n’est pas forcément l’usage le plus courant, sont rapides, l’application d’effets également. Rien à redire.
L’édition de photo profite également de la pleine puissance de l’A12X et des 6 Go de RAM de ce modèle. Des applis comme Pixelmator, que nous avions adopté sur macOS bien avant sa disponibilité sur iOS, offrent une palette d’outils classiques puissants auxquels s’ajoute l’intervention de l’intelligence artificielle grâce à la puce neuronale et à la technologie de machine learning embarquée d’Apple.

Avec cette cuvée 2018, on conserve un multitâche égal à lui-même, confortable et frustrant. Confortable car les deux fenêtres applicatives cohabitent sans problème côte à côte. La définition d’écran (2732×2048 pixels, en 264 ppp toujours) est suffisante pour assurer une belle lisibilité au tout.
Frustrant pour la simple et bonne raison que le fenêtrage est toujours contraint à la moitié ou au tiers de la surface de travail. Et frustrant également car toutes les manipulations sont plus lentes sur l’iPad. Pas par manque de puissance, donc, mais parce que iOS a encore à trouver des clés pour sortir du silo que représente chaque application. Il n’y a pas de bureau pour les unir et l’appli Fichiers, qui regroupe les éléments stockés dans le Cloud et en local, gagnerait vraiment à pouvoir profiter d’un mode picture in picture, comme les vidéos par exemple. On aurait ainsi non seulement deux applications ouvertes, mais en plus une fenêtre flottante avec des fichiers toujours sous la main.

En revanche, on apprécie la possibilité de passer facilement d’un espace de travail à un autre. Le premier peut ainsi être occupé par deux applications juxtaposées, le deuxième par une seule, puis un troisième avec deux autres outils, par exemple. Cela offre un certain confort même si des bureaux créés au besoin comme dans macOS seraient effectivement plus performants. Une chose est certaine, les nouveaux gestes nés sur l’iPhone X et introduits sur cet iPad, facilitent grandement cette navigation.

Un clavier en progression

On l’aura compris, on n’est pas encore aussi performant, productif et rapide sur iPad Pro que sur un MacBook. La faute à des années d’habitude et aux limites d’iOS.
Le matériel comporte encore quelques limites ergonomiques ou d’utilisation mais Apple s’attelle à les corriger. Citons trois exemples.
Premier exemple, le Smart Keyboard Folio, vendu séparément pour 219 euros. A priori inchangé et toujours recouvert de ce revêtement qui a de faux airs de toile cirée rugueuse, il donne aux doigts l’occasion de frapper avec plaisir et vitesse. Même le bruit des touches assez souples est agréable. On lui reprochera toujours de réunir en une seule touche le changement de clavier et l’équivalent de la touche Fn, qui transforme le Retour arrière en Suppr. Ce qui fait que chaque fois qu’on veut supprimer du texte après le curseur, on fait surgir un clavier virtuel…
Mais d’autres points ont été améliorés. Ainsi, le support est plus rigide et donc plus stable quand on est appelé à travailler, l’iPad sur les genoux, en mode PC. Ne lui manque plus qu’un repose-main pour être parfaitement adapté à cet usage nomade. D’autant qu’Apple lui offre deux réglages d’inclinaison d’écran, ce qui rend son utilisation bien plus confortable quelle que soit la position assise, quel que soit le lieu. A un détail près, toutefois. Le clavier n’est pas rétro éclairé, les séances de travail nocturnes devront se faire près d’une lumière d’appoint…

Par ailleurs, on note que les Smart Connectors ont migré de la tranche de l’iPad Pro à son dos. Cela signifie que, quand par maladresse la tablette se déloge d’un des deux sillons qui déterminent son inclinaison, le clavier reste alimenté et connecté à la tablette, en un mot opérationnel ! Ce qui pourrait passer a priori pour un détail évite bien des agacements au quotidien.

L’Apple Pencil enfin tout le temps utilisable

Le deuxième exemple d’amélioration matérielle significative est le stylet. La première génération de l’Apple Pencil pouvait se targuer de très nombreux bons points, mais elle souffrait de quelques ratés ou non-sens ergonomiques qui se révélaient à l’usage.

Le premier point problématique était son système de recharge, qui passait par le port Lightning de la tablette ou un adaptateur « femelle » pour l’attacher au bout d’un câble. Dans les deux cas, il était impossible de le recharger pendant le trajet, au risque de le casser et d’endommager la tablette. Il arrivait donc régulièrement qu’au moment de vouloir prendre des notes avec l’Apple Pencil de première génération, on le trouve déchargé.
Apple a visiblement perçu ce problème. Désormais, pour synchroniser un Pencil ou le recharger, on le pose simplement sur le côté droit (en mode portrait) ou supérieur (en mode paysage) de la tablette. Il s’y aimante alors en affichant son taux de charge. Difficile de faire plus simple.
C’est aussi un très bon moyen de l’avoir toujours sous la main et de ne pas le perdre pendant le transport. Ce  petit détail nous a rendu le Pencil plus utile et d’une certaine manière plus indispensable, notamment pour griffonner quelques notes.

Par ailleurs, en introduisant une face plane sur ce stylet, Apple améliore grandement son confort de prise en main. On n’a plus entre les doigts un morceau de plastique infiniment lisse et glissant. La tenue est plus ferme, plus précise et c’est indéniablement un petit progrès qui a de grands effets.

D’autant que la base de cette surface aplatie embarque une petite surface tactile qui permet de changer d’outil, de revenir à l’outil précédent, de faire apparaître des menus, etc. Il est généralement possible de définir un ou plusieurs comportements spécifiques dans chaque application. Un rien qui fluidifie les usages, notamment lors de la prise de note ou lors d’une phase de création graphique.
Sur ce point, grâce à l’Apple Pencil de seconde génération, l’iPad Pro a, de plus en plus, des atours de tablette pour artistes numériques. Nous vous en ferons la démonstration très bientôt en vidéo.
Quoi qu’il en soit, on n’ira pas jusqu’à conseiller l’achat systématique de l’Apple Pencil, il coûte tout de même 135 euros. Mais il forme avec le nouvel iPad Pro un couple bien plus uni et donc enviable.

L’apport du port

C’est la troisième correction matérielle qui améliore l’existant. Ceux qui avaient acheté des adaptateurs pour la génération précédente d’iPad Pro grinceront des dents. Peut-être. Ceux qui se sont équipés pour accompagner leur nouveau MacBook, MacBook Air ou MacBook Pro se frotteront en revanche les mains. En tout cas, le remplacement du port Lightning par de l’USB-C est riche en promesses. Au quotidien, cela a de nombreuses implications. Listons en trois déjà tenues (ou presque).

  • Une simplification des usages. Grâce au port USB-C, on peut brancher directement son appareil photo (ou un stockage externe) à la tablette et y importer ses clichés sans avoir besoin de jongler avec un lecteur de carte SD… On pourra même utiliser un raccourci Siri pour ensuite déplacer les photos récupérées vers l’application de retouche de son choix.
  • L’extension du domaine de la lutte. Il est bien plus facile de profiter d’une surface de travail étendue ou dupliquée sur un écran externe (jusqu’à 5K). Les applications ont encore à trouver l’équilibre et à améliorer les choses néanmoins sur ce point on se rapproche de ce que proposent les PC portables.
  • Un iPad qui prend des airs de PC. Enfin et cela peut dépanner, l’iPad Pro est comme n’importe quel ordinateur portable capable de recharger votre smartphone. Ou un autre appareil pas trop gourmand en énergie.

Ce dernier usage pose évidemment une double question. Celle de la connectivité et celle de l’autonomie. Sur le premier point, on s’extasie de trouver un seul port USB-C sur l’iPad Pro alors qu’on crie au scandale quand on est soumis au même traitement sur un Mac. C’est la preuve qu’on a encore des attentes différentes, que ces gammes de produits tiennent des promesses différentes. Ou alors, plus simplement, est-ce lié au fait qu’on est habitué à l’écosystème plus clos et contrôlé des iDevices ? Pour être honnête, précisons qu’il est possible de connecter un hub à ce port afin de multiplier les entrées/sorties.
Cette arrivée de l’USB-C est donc un premier pas, mais elle doit s’accompagner d’une ouverture équivalente côté iOS pour ne pas limiter les usages. Il n’est ainsi pas possible de connecter la tablette à un disque dur externe pour y stocker des données…

La question de l’autonomie

Le second point touche à l’endurance de l’iPad. Peut-on se permettre de recharger un iPhone avec ce modèle Pro alors qu’on ne peut pas le recharger simultanément ?
L’iPad Pro que nous avons testé tient la promesse du cap des dix heures. Nous avons ainsi enregistré 10h17 heures en autonomie contre 11h09 pour son aîné. Quand on le compare au MacBook et MacBook Air, il n’a pas à rougir du tout.
S’il fait un peu moins bien que la génération précédente ce n’est pas une grande surprise. Sa batterie est un peu plus petite, selon iFixit, et son facteur de forme aussi.

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